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| El Watan - Culture |
Martedì 23 Marzo 2004
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Boudjedra:
Tribulations d'un algerien en Italie
L'écrivain Rachid Boudjedra part sur les traces de Pirandello à
travers un voyage initiatique en Sicile. P.
Nacéra Benali
ITALIE.
VOYAGE INITIATIQUE DE RACHID BOUDJEDRA
Sur les traces de Pirandello
La Sicile a été, au long des siècles, une terre féconde
et fascinante qui a inspiré les immortels de la littérature
mondiale, comme Goethe ou Pirandello.
C'est sur les traces de ces voyageurs exceptionnels que Rachid Boudjedra
a séjourné, la semaine dernière, à Catane,
comme invité d'honneur de l'association culturelle Fiumara d'Arte.
Catane
De notre envoye speciale
Le "grand tour des écrivains contemporain" ou "La
Sicile, vue par les yeux du monde" a été inauguré
par l'écrivain mexicain (d'origine espagnole) Paco Ignacio Taibo
II, dans la ville de Gela et se conclura avec le Français Daniel
Pennac, sur le volcan Etna. L'organisateur de cette initiative et président
de l'association Fiumara d'Arte, Antonio Presti, un riche entrepreneur
sicilien, qui a décidé après la mort de son père
de s'adonner à "la dévotion à la beauté",
a choisi un parcours original pour chaque écrivain, qui devra,
une fois rentré chez lui, narrer son voyage dans un conte.
L'itinéraire de Boudjedra, en Sicile, a commencé au plus
grand musée européen d'art contemporain, à ciel ouvert,
Fiumara d'Arte. Fiumara, qui signifie en sicilien le lit sec d'un fleuve,
a donné son nom à l'association qui a organisé ce
tour littéraire au profit d'une dizaine d'écrivains, choisis
parmi les plus connus du monde.
Par la suite, les organisateurs ont guidé Boudjedra sur le chemin
de la céramique, dont le point de départ a été
le musée de la céramique de Saint Stéphane de Camastra
et de Caltagirone (en arabe, la citadelle des vases).
Les organisateurs ont voulu que le voyage de l'auteur de Fascination soit
un hommage à "la terre mère" et c'est pour cela
que le père de cette initiative, Antonio Presti, le mécène
de Catane, a tenu à faire halte à l'atelier de la mer, son
hotel musée, unique au monde.
Un vieil hôtel de Chàteau de Tusa, à Messine, est
devenu un monument de l'architecture méditerranéenne, car
ses quarante chambres ont été conçues par les plus
grands artistes italiens et autres. L'itinéraire s'est poursuivi
vers le quartier périphérique de Librino, que l'association
cherche de tirer de la malvie en impliquant les jeunes dans des initiatives
collectives culturelles. Rachid Boudjedra est le premier écrivain
algérien traduit en italien, si on exclut la mauvaise traduction
de Nedjma de Kateb Yassine, distribuée à peu d'exemplaires
au début des années 1980.
Les uvres de Boudjedra, les plus classiques, comme La Répudiation,
L'Escargot entêté, et plus récemment Timimoun et les
Funérailles, ont été publiées par plusieurs
maisons d'édition, de la prestigieuse maison Einaudi aux modestes
éditions Lavoro. Et c'est avec un plaisir réel que Boudjedra
a découvert que parmi les étudiants de l'institut d'art
de Caltagirone, il avait des lecteurs assidus. Les questions pointues
de ces derniers concernant les personnages de ses romans lui ont mème
arraché un sourire de satisfaction, alors que les traits de son
visage venaient de se crisper douloureusement à l'évocation
des années atroces du terrorisme en Algérie.
"Les intellectuels algériens sont morts dans l'indifférence
de l'Occident", a rappelé Boudjedra devant le parterre d'étudiants
et d'enseignants, avant de conclure sur une note optimiste: "Mais
aujourd'hui, en Algérie, on assiste à une véritable
renaissance culturelle." A la fin de son séjour à Catane,
et comme pour faire perdurer cette atmosphère magique qui avait
imprégné son voyage sicilien, l'écrivain algérien
et le president de Fiumara d'Arte ont exprimé leur souhait de lancer
une tradition d'échanges entre les artistes et les intellectuels
de la Sicile et d'Alger.
Cette idée, Boudjedra l'avait déjà, inconsciemment,
formulée la veille, en expliquant aux étudiants de l'institut
de l'art: "Je suis venu ici pour raconter la Sicile que je connais,
en pensant qu'un jour, des écrivains italiens iraient en Algérie
pour raconter la souffrance des Algériens."
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